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L’e-paper fait son chemin dans la presse russe

Fri, 2008-04-11 00:00 — WAN-IFRA

Article ID:
5763

Pour les grands journaux russes, avoir un e-paper fait partie d’une stratégie globale de distribution multi-plateformes permettant d’offrir aux consommateurs le choix des canaux qu’ils préfèrent. Jusqu’à présent, cette stratégie n’a pas généré beaucoup de business, mais les éditeurs sont convaincus de son potentiel d’avenir comme source de revenus. Subscribe.ru, un canal russe de distribution média en ligne, tente également de développer un kiosque à journaux numérique. Nous examinons ici ce que deux grands éditeurs et le site Subscribe.ru font avec l’e-paper.

Le Komsomolskaya Pravda

Alexander Chekshin est le directeur marketing et des projets en ligne du Komsomolskaya Pravda (KP), le plus grand quotidien national de Russie en termes de diffusion.

« La version numérique s’inscrit totalement dans notre stratégie », explique Alexander Chekshin. « Nous créons actuellement une société médias multi-plateformes et la SmartEdition (de NewspaperDirect) est un canal de distribution supplémentaire. Nous le considérons comme très prometteur en tant que support publicitaire d’avenir, mais jusqu’à présent, la demande de la part des annonceurs a été faible. La SmartEdition a été lancée il y a quelques années comme service payant, mais nous prévoyons désormais de la proposer gratuitement. Il y a eu pour l’instant très peu d’abonnés, essentiellement des étrangers, donc un accès gratuit pourrait augmenter leur nombre. Le format ne deviendra pas vraiment populaire avant que l’utilisateur moyen ait accès aux appareils portables pour pouvoir lire l’e-paper.

« Parmi les fonctions que nous aimons dans ce format, notons la possibilité de voir une cartographie complète du lectorat : comment l’attention des lecteurs se répartit sur la page, quels titres ils préfèrent, ce qui capture le plus leur attention etc. Si un tel mécanisme de suivi des préférences des lecteurs est combiné à des données démographiques détaillées de l’audience, cela deviendra extrêmement utile pour les éditeurs.

Le Vedomosti

Victor Saxon dirige le département des technologies Internet chez Vedomosti, un quotidien économique né d’une joint-venture entre le Financial Times, le Wall Street Journal et la société de presse moscovite Independent Media/Sanoma Magazines.

« Nous sommes leader de notre marché sur tous les plans », affirme Victor Saxon. « Dans des termes plus pratiques, nous considérons l’e-paper comme faisant partie intégrante de notre stratégie de livraison de contenus multi-canaux vers les clients existants et potentiels. Nous avons lancé notre e-paper il y a deux ou trois ans (tout comme la Smart Edition). Jusqu’à présent, nous avions peu d’abonnés, donc la croissance se chiffre à plusieurs centaines de pourcents par an. Néanmoins, nous livrons aussi le Vedomosti dans un format PDF plus simple via tous les grands distributeurs de tels contenus, donc notre revenu issu de la vente d’éditions numériques n’est pas limité à la SmartEdition. Je dirais qu’il s’agit d’une activité extrêmement rentable, mais le volume physique des bénéfices est encore modeste. Nous n’avons pas pour l’instant développé de contrats publicitaires spéciaux pour la Smart Edition et ce, essentiellement en raison du manque de ressources à lui allouer en tant que projet. »

Subscribe.ru

Subscribe.ru est un site russe de distribution de médias en ligne qui enregistre actuellement 5 millions d’abonnés à ses différents services. En plus de distribuer des médias en ligne par abonnements payants ou gratuits, ils mènent des campagnes marketing et publicitaires et contribuent au développement de débouchés médias en ligne. Valentin Korobkov est le directeur des projets spéciaux du site.

IFRA : Quand avez-vous lancé votre catalogue e-paper ?

Valentin Korobkov : En 2005, nous avons commencé à distribuer des versions PDF des titres de nos clients. Néanmoins, de nombreux éditeurs n’étaient pas satisfaits que leurs produits soient distribués sous une forme qui n’est pas protégée contre la copie illégale. Nous avons donc développé un nouveau mécanisme par lequel chaque abonné du site esmi.subscribe.ru télécharge un programme client (eSMI Reader) spécialement conçu pour l’aider à s’abonner à des publications, les télécharger et faire des recherches dans sa bibliothèque. Les éditeurs nous livrent des fichiers PDF prêts à imprimer.

En décembre 2007, nous avons officiellement lancé le projet d’abonnement à l’e-paper en convertissant en format e-paper certains titres de nos clients. D’ici la fin avril, nous avions 70 titres dans notre catalogue et nous prévoyons d’en avoir plusieurs centaines d’ici la fin de l’année.

IFRA : Avez-vous des journaux dans votre catalogue ?

V. Korobkov : Techniquement parlant, nous n’avons qu’un seul journal. Il s’appelle Outdoor Media, paraît une fois par mois et ressemble plus à un magazine qu’à un journal. Côté magazines, nous avons parmi nos clients des titres aussi populaires que Playboy et Rolling Stone, mais les plus nombreux sont des magazines de niche, comme par exemple la revue professionnelle Ukrainian Engineering ou des magazines de conseil de type « do-it-yourself ». Pour eux, l’e-paper est un format parfait pour générer de nouveaux abonnés et économiser des coûts de distribution.

IFRA : Quelle est la politique de prix et combien d’abonnés à différents titres avez-vous générés jusqu’à présent ?

V. Korobkov : Le prix est fixé par les éditeurs. Nous leur recommandons de facturer 70 % du prix de l’abonnement à la version papier. Nous collectons l’argent pour les éditeurs et prenons une commission. Nous menons également à bien des campagnes marketing pour nos clients, pendant lesquelles nous vendons des abonnements avec de grosses réductions.

Jusqu’à présent, je dirais que le nombre d’abonnés est inférieur à 10 pour chaque titre individuel. En général, de nombreuses personnes utilisent des abonnements gratuits à l’essai mais peu s’abonnent dès lors qu’il faut payer. La raison est double : Tout d’abord, les éditeurs continuent de craindre que les e-papers puissent cannibaliser leurs versions imprimées et sont donc réticents à risquer une édition payante. Ensuite, le format lui-même est encore assez nouveau pour le public.

Pourtant, nous sommes assez optimistes quant à l’avenir de ces projets. Premièrement, nous avons une base de données de 5 millions de clients pour nos différents services et ceci nous permet de faire du marketing ciblé. Deuxièmement, la protection contre la copie illégale est un gros avantage pour les éditeurs.

Ces interviews ont été menées par le correspondant d’IFRA Magazine, Alexei Pankin.

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