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La gestion de l'encre et du papier
Wed, 2009-06-24 11:08 — Solange Domisse
- Article ID:
- 10131
Conférence de l'IFRA
Les 26 et 27 mai 2009 à Hambourg
Une conférence internationale organisée par l’IFRA sur le thème « La gestion de l’encre et du papier » s’est tenue les 26 et 27 mai derniers à Hambourg avec 45 participants de 13 pays différents. La visite du port qui a été sponsorisée par le « port de Hambourg » et la société de transport de papier Pohl + Co. et a eu lieu l’après-midi a été l’un des points forts de cette conférence. EAE a également parrainé cette conférence.
Résumé de Manfred Werfel, directeur de division et directeur général adjoint de l’IFRA
L’animatrice Beatrix Beckmann de l’IFRA a présidé la conférence. Elle a demandé à ce que l’on ne se contente pas d’aborder des thèmes déjà ressassés et que l’on s’intéresse aussi à ce qui se passe dans d’autres secteurs industriels, notamment dans le domaine de la protection de l’environnement et de la logistique.
La conférence a porté sur les thèmes suivants : l’évolution du marché, les changements techniques et leurs répercussions sur le papier et l’encre, l’interaction entre l’encre et le papier, l’amélioration des propriétés des consommables, la manutention des consommables, la balance encre/eau, les tests en laboratoire et dans des conditions normales de production, la gestion de la qualité, la production écologique, le contrôle des émissions de CO2, la logistique et la « gestion de la chaîne d’approvisionnement ».
N’y aura-t-il plus que trois grands fournisseurs de papier dans dix ans ?
Sampo Timonen de la société finlandaise RISI a donné un aperçu du marché du papier journal qui est en train de s’effondrer. Pour le seul mois de janvier 2009, les besoins européens ont reculé de 20,3 %. Cette année, on devrait revenir au niveau de 1994. D’après Sampo Timonen, cette baisse est surtout due à des changements structurels dont les effets ont été amplifiés par la crise économique internationale. L’industrie des fournisseurs réagit en réduisant ses capacités de production. La production de papier journal a diminué de 1,5 million de tonnes depuis 2006 en Europe. Mais parallèlement, on assiste à une modernisation des équipements : de nouvelles machines à papier sont en cours d’installation en France, en Grande-Bretagne et en Suisse.
Actuellement, la conjoncture et le rapport entre l’offre et la demande ne permettent pas d’augmenter les prix. Depuis le début de l’année 2009, les prix ont chuté de 25 %. Ce recul s’explique aussi par la baisse du prix des matières premières qui, entre temps, s’est néanmoins stabilisé à nouveau.
D’après Sampo Timonen, le recul de la demande se poursuivra dans les années à venir. Il aura des répercussions sur les prix qui dépendent de l’équilibre entre l’offre et la demande et se traduira par d’autres regroupements et fermetures d’entreprises côté fournisseurs. La situation est néanmoins moins dramatique en Europe qu’en Amérique du Nord. Il se pourrait bien qu’à l’avenir trois grands fournisseurs se partagent la majeure partie du marché du papier journal.
Les encres pour les machines ultrarapides
Samir Bhaumik, directeur exécutif et directeur opérationnel de Dainippon Ink Company à New Dehli (Inde), s’est penché sur les encres destinées aux machines ultrarapides. D’après lui et conformément à un brevet américain, une machine a une vitesse élevée lorsque la bande défile à une vitesse linéaire supérieure ou égale à environ 15 m/s. La vitesse ne s’exprime donc pas en nombre d’exemplaires à l’heure. Parmi les autres composants et paramètres importants pour les encres citons les dispositifs de mouillage et d’encrage, la température dans le dispositif d’encrage, le diamètre des bobines et la distance qui sépare les demi-groupes.
Samir Bhaumik a expliqué comment formuler les encres pour obtenir à coup sûr de bonnes propriétés d’impression. Une encre doit pénétrer rapidement dans le support d’impression poreux et présenter simultanément une faible viscosité afin de réduire le transpercement, le plaquage et le maculage par contact. Il faut en outre veiller à réduire la quantité d’encre et d’eau appliquée à l’impression.
Les encres présentant une forte teneur en pigments pourraient être efficaces à cet égard, mais leur utilisation nécessite une bonne commande du processus. L’enjeu est important et ne se limite pas à l’augmentation du rendement de ces encres beaucoup plus onéreuses. Pour être justifiée, leur utilisation doit aussi s’accompagner d’avantages économiques comme la réduction du taux de gâche ou le recours à un papier présentant un plus faible grammage.
Robert Warren, responsable du laboratoire de Sun Chemical (Grande-Bretagne), s’est intéressé aux encres optimisées qu’il a qualifiées de « Mileage Benefit ». Ce qui est important, ce n’est pas uniquement la pigmentation, mais aussi des facteurs comme le pouvoir colorant, la répartition des pigments et les additifs. Le but est d’améliorer le rendement de l’encre au lieu d’augmenter uniquement la teneur en pigments. En fin de compte, la même encre peut se comporter différemment sur différents papiers (coldset).
Robert Warren y voit d’autres avantages pour le client que le rendement, à savoir la réduction de l’épaisseur du film d’encre, du transpercement, de l’élargissement du point, du brouillard d’encre ainsi que du risque de maculage par contact et par essuyage. Il a également souligné la nécessité d’améliorer la commande du processus avec ce type d’encres.
Son principal message était le suivant : une encre à forte teneur en pigments n’est peut-être pas aussi robuste dans la pratique et n’est donc pas conseillée.
Tests des consommables en laboratoire et dans des conditions normales de production
Klaus Pfanner de la société suisse AMRA Waterline a décrit une méthode permettant de mesurer l’eau dans l’encre à l’aide d’un nouvel appareil de mesure (LithoTack). AMRA Waterline utilise ce système en collaboration avec le journal Basler Zeitung et la société TA Media. Les paramètres mesurés sont les suivants : la réflexion causée par la solution de mouillage, le tirant de l’encre et la séparation du film d’encre. Il est possible de déterminer la tolérance à l’excès de mouillage d’une encre donnée.
David Keenan de la société canadienne AbitibiBowater a parlé des comptes rendus normalisés sur l’imprimabilité et la roulabilité du papier journal que les fabricants et les imprimeurs réalisent ensemble. Il a été ainsi possible d’améliorer la qualité et de réduire les coûts. Il a appelé les participants à collaborer : « Donnez-nous de bonnes informations et nous pourrons vous aider à trouver les causes des problèmes rencontrés au lieu de gaspiller inutilement du temps et de l’argent à essayer de corriger des défauts présumés ». Il est ainsi possible de mettre sur pied un benchmarking entre utilisateurs qui obtiennent des résultats différents avec la même machine.
Matthias Presotto, responsable du laboratoire de Prinovis à Ahrensburg, et Jörg Schönemann de la société d’édition Axel Springer à Ahrensburg aussi, ont présenté les travaux réalisés par le laboratoire en étroite collaboration avec son client.
On y teste si les encres et les papiers remplissent les exigences voulues. Il s’agit pour les encres des caractéristiques de base telles que la couleur et le pouvoir colorant, la roulabilité (propriétés d’écoulement, tirant) et des caractéristiques secondaires telles que le transpercement, la résistance au frottement et le maculage par contact. On y utilise entre autres des appareils de mesure de la consommation d’encre et des couleurs pour des quantités d’encres définies. D’autres aspects sont étudiés : la constance des lots livrés et les différences entre les encres de divers fabricants. Le brouillard d’encre et le tirant des encres sont également testés.
Quant au papier, les tests portent sur la roulabilité, l’imprimabilité et la qualité d’impression comme les propriétés optiques et les propriétés de surface.
Les avantages pour les sociétés de presse et les imprimeries sont multiples : ces tests permettent d’identifier les problèmes de production, d’utiliser les consommables de manière efficace, de réduire les coûts, de mieux comprendre les interactions, d’optimiser la qualité, d’améliorer l’image de marque et de renforcer l’identité visuelle. Enfin, cela permet au client de rédiger un cahier des charges que les fournisseurs doivent ensuite respecter.
Importance accrue de la production durable
Minna Nors de l’institut finlandais du papier KCL à Espe a étudié le caractère durable de différents procédés d’impression et produits. Il s’agit de considérer l’ensemble de la chaîne de création de valeur tout au long du cycle de vie du produit, de l’exploitation des forêts à l’élimination et le recyclage du produit en passant par la fabrication du papier ainsi que l’impression, la finition, la distribution du produit et son utilisation par le lecteur.
Minna Nors a montré l’évolution positive de l’efficacité énergétique depuis 1992 dans l’industrie de la presse. La consommation de consommables a reculé pendant la même période. Seule l’utilisation d’encres de couleur en impression coldset a augmenté de plus de 170 %, ce qui est dû à la percée des journaux imprimés en quadrichromie.
La consommation de films et de produits chimiques a également baissé. Les résidus sont mieux triés et recyclés. D’après Minna Nors, les émissions de CO2 par tonne imprimée sont comprises entre 750 kg et 940 kg.
On s’attend à ce qu’à l’avenir, le caractère durable pendant le cycle de vie des produits soit davantage pris en compte lors de l’attribution des commandes. Des indicateurs utiles et une méthode de calcul normalisée des émissions de CO2 devront être élaborés à cet effet. La méthode appelée « Life Cycle Assessment » (évaluation du cycle de vie) peut rendre de précieux services à cet égard.
Tanja Mett-Bialas de Print und Media Forum à Wiesbaden a donné des informations sur le nouveau calculateur de CO2 de la bvdm et son utilisation en impression de presse.
Une utilisation écologique de l’énergie est nécessaire. En Allemagne, la banque KfW encourage les initiatives visant à repérer les possibilités d’économies. Avec le concours d’« Öko-Invent » et de fabricants de consommables, l’association Bundesverband Druck und Medien a mis au point un calculateur de CO2 basé sur le Web. Dans sa forme actuelle, il peut être utilisé pour l’impression offset à feuilles et à bobines ainsi que pour l’impression de journaux. Une autre version est en cours de développement et couvrira en plus l’héliogravure, l’impression numérique et la flexographie.
La saisie des données dans le calculateur de CO2 s’effectue en 11 étapes pour l’impression de journaux : données d’ordre, papier, encre, solution de mouillage, agent de nettoyage, plaques, prépresse etc. Puis le journal de consommation s’affiche. Une compensation des émissions de CO2 est ensuite déterminée avec le concours du partenaire FirstClimate. Il s’agit de financer des projets « GoldStandard » dans les pays en voie de développement. Une certification FirstClimate peut alors être délivrée au client ou à l’imprimerie. La compensation d’une tonne de CO2 est estimée à 17 euros.
Des projets similaires de compensation des émissions de CO2 existent en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Le calculateur de CO2 de la bvdm devrait être disponible aussi en anglais dans un avenir proche. Il sera adapté aux normes internationales à venir.
Innombrables possibilités d’économie et d’innovation dans la logistique papier
Andreas W. Otto, directeur général de la société allemande Pohl + Co., a présenté les activités de son entreprise qui, depuis plus de 40 ans, assure le transport intégré et intermodal du papier entre les fabricants et les imprimeurs. Des fabricants en Amérique du Nord, en Europe et en Extrême-Orient comptent parmi ses clients. Elle est spécialisée dans le transport de papiers destinés à l’impression de publications et d’emballages. Jusqu’au milieu des années 90, Pohl + Co. appartenait entre autres à Axel Springer. Aujourd’hui, 1 500 000 tonnes de papier sont acheminées tous les ans. Leur transport s’effectue par voie maritime et fluviale, par train et camion. Le papier est stocké et distribué en fonction des besoins des imprimeries clientes à partir de différents terminaux maritimes et fluviaux.
Tanguy Westerlund de la société belge Emsys s’est intéressé à de nouveaux concepts en matière de logistique papier. Cela peut aller jusqu’à l’externalisation complète de l’activité. Plusieurs sociétés (Emsys, rve, valpaco et Westerlund) se sont associées pour réaliser les différentes opérations nécessaires. Ce faisant, la livraison juste-à-temps repose sur une commande précise et entièrement automatique du processus métier. Même les capacités de stockage des imprimeries sont utilisées comme un entrepôt virtuel. Tant que le papier est en la possession de Valpaco par exemple, il peut être transféré d’une imprimerie à une autre si les besoins ont changé à la dernière minute. Au final, toutes les parties prenantes profitent de la réduction des coûts.
La gamme de services et de prestations comprend aussi le transport d’encarts qui peuvent par exemple être commandés par des étiquettes RFID.
La table ronde sur le thème « Identification et commande des bobines de papier » a réuni les experts suivants :
- Michael Wack, IdentPro, St. Augustin, Allemagne (étiquettes RFID semi-actives),
- Klaus Weingarten, stonegarden technologies GmbH, Aix-la-Chapelle, Allemagne (étiquettes RFID passives),
- Martin Gercke, RFTRAQ Ltd., Guildford, Grande-Bretagne (étiquettes RFID actives).
Michael Wack a expliqué que l’identification des bobines de papier devait fonctionner dans divers cas de figure – stationnaire et mobile (chariot à pince). D’après lui, cela nécessite ce qu’il appelle des « bobines intelligentes » équipées de transpondeurs RFID semi-actifs qui sont placés sur le mandrin de la bobine. Chaque application exige des transpondeurs adaptés, a-t-il insisté.
La société de Klaus Weingarten a développé un transpondeur spécial qui, collé sur le mandrin, répond aux exigences des bobines de papier. La mise au point d’une solution RFID pour les chariots manuels en collaboration avec la société Cascade a posé des problèmes. Depuis 2007, différents tests pratiques ont été réalisés avec des fabricants et des imprimeurs. Des solutions sont utilisées dans des conditions normales de production dans deux usines à papier depuis 2008. Outre Cascade, la société StoraEnso est un autre partenaire important.
La RFTRAQ de Martin Gercke trouve son origine dans la gestion des données. Des étiquettes RFID actives sont employées lorsque les conteneurs destinés au transport sont réutilisés. C’est le cas en Grande-Bretagne dans certaines grandes imprimeries où les mandrins de bobine sont en aluminium ou dans un matériau composite. Martin Gerke est aussi d’avis que la technique doit être choisie en fonction de l’application envisagée.
Il est ressorti de la discussion que les étiquettes RFID actives n’ont un sens qu’en association avec des conteneurs réutilisables. Les étiquettes passives qui sont bien moins chères conviennent en revanche aux conteneurs jetables. Légèrement plus onéreux, les transpondeurs semi-actifs dotés d’une batterie imprimée entrent en ligne de compte lorsque les étiquettes passives ne peuvent pas fonctionner de manière fiable car, par exemple, les distances de lecture sont trop importantes. D’après Michael Wack, les étiquettes semi-passives permettent une lecture jusqu’à 30 mètres.
Avant d’introduire des étiquettes RFID et les systèmes informatiques correspondants, il convient de répondre aux questions suivantes : Quel est mon objectif, qu’est-ce que je veux mesurer, qu’est-ce que je veux faire que je ne pouvais pas faire avec la technique classique ? Les étiquettes RFID peuvent être appliquées sur l’emballage, à l’extérieur ou à l’intérieur du mandrin ou entre les différentes couches de carton qui composent le mandrin.
Au cours des trois prochaines années, on s’attend à ce que la radio-identification se répande largement dans le domaine de la manutention des bobines de papier. Mais d’après les experts, il faudra encore de nombreuses années pour que les étiquettes RFID remplacent le code à barres. Elles s’imposeront d’abord dans le commerce de détail et le traitement de produits pré-imprimés avant de devenir la norme pour la livraison de papier.
Beatrix Beckmann a clos cette conférence très instructive, a remercié les sponsors, les conférenciers pour leurs nombreux éclairages inédits et l’auditoire pour sa participation active ainsi que les traducteurs et les techniciens pour leur excellent soutien.
