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Prisa considère sa restructuration financière comme achevée
Fri, 2010-04-09 11:55 — Anton Jolkovski
- Article ID:
- 11261
La famille Polanco réduit sa participation dans le groupe Prisa en échange d’une injection de liquidités en provenance du fonds d’investissement Liberty Acquisition Holdings.
Le groupe espagnol Prisa a signé, le 6 mars dernier, ce qui pourrait devenir le dernier chapitre de sa vaste opération de restructuration financière. Par le biais d’un accord avec le fonds américain Liberty Acquisition Holdings, la société de presse aux mains de la famille Polanco encaissera environ 660 millions d’euros, qui conjugués aux cessions d’actifs réalisées au cours des dernier mois, permettront à Prisa de réduire sa dette de 5 à 3,3 milliards d’euros. De plus, fin février dernier, le groupe est parvenu à un accord avec ses créanciers pour reporter l’échéance du prêt de 1,8 milliards d’euros – grâce auquel il a financé l’OPA sur les 100 % de Sogecable – du 31 mars 2010 au 19 mai 2013.
L’accord avec Liberty implique une opération complexe par laquelle le fonds américain disparaîtra totalement pour être réintégré à Prisa, tandis que ses actionnaires pourront acquérir la moitié du capital du groupe, dont la gestion restera néanmoins sous le contrôle de la famille Polanco. « Nous ne sommes que des investisseurs et n’allons pas commencer à nous mêler de la gestion. Rien ne changera », a assuré Martin Franklin, directeur général du fonds. Car même si les associés de Liberty obtiennent une part majoritaire dans le capital de Prisa, ils ne dépasseront pas la famille Polanco en termes de votes, étant donnée l’introduction de nouvelles limitations du droit de vote. L’opération sera menée en deux étapes d’élargissement du capital, l’une non monétaire qui sera souscrite par les actionnaires de Liberty, l’autre monétaire avec un droit de souscription préférentiel pour les actionnaires actuels de Prisa et dans des conditions équivalentes à celles dont jouiront les actionnaires de Liberty, au prix de 3,80 euros par action. L’accord nécessite l’aval aussi bien des actionnaires des deux sociétés que des autorités de régulation concernées.
Ignacio Polanco, président de Prisa, a déclaré que « cette alliance prouve que Liberty a une confiance solide dans notre leadership dans le secteur de l’édition, de la presse, de l’audiovisuel et du numérique, ainsi que dans sa stratégie de croissance. Pour sa part, Juan Luis Cebrián, président de la commission exécutive du conseil d’administration et directeur général de Prisa, a affirmé que cette alliance allait propulser le groupe à un niveau supérieur et renforcera son développement numérique, audiovisuel et éditorial sur les marchés de langue espagnole et portugaise, notamment aux États-Unis. »
Ce qui est sûr, c’est que bien que l’opération se traduira par une importante hausse de la liquidité du titre de Prisa, grâce à une augmentation de son capital flottant (« free float ») qui se négociera aussi bien sur le marché espagnol qu’aux États-Unis via les ADR (American Depositary Receipts), l’accord n’a pas encore convaincu le marché boursier, où les actions du groupe ont perdu 7 % dans les jours qui ont suivi l’annonce du retrait de Liberty. Un châtiment boursier que les analystes imputent à la complexité de l’opération et au fait que la famille Polanco ne subira aucune perte dans cette opération. « Si l’actionnaire de référence n’apporte pas son secours, pourquoi les autres devraient-ils le faire ? », commentent-ils. Une autre inconnue consiste à savoir si l’injection de Liberty sera suffisante pour couvrir la dette du groupe, étant donné que certains investisseurs ont considéré cette opération davantage comme un sauvetage et une manœuvre désespérée dans cette situation financière difficile du groupe. Certains considèrent aussi Liberty comme un fonds purement spéculatif sans aucun lien avec l’investissement dans les médias de communication.
C’est pourquoi Nicolas Berggruen – autre directeur général du fonds – a déclaré à l’agence de presse espagnole EFE, à propos de la convenance ou non d’investir dans le secteur de la communication : « C’est dans les moments difficiles qu’il faut investir, car c’est lorsque tout le monde a peur que se présentent les meilleures opportunités ». Nicolas Beggruen soutient que l’avantage de Prisa est qu’il continuera à avoir des activités pérennes malgré la crise, comme son titre El País qui restera leader en Espagne et ce, même si le New York Times et le Wall Street Journal perdurent aux États-Unis et deviennent de plus en plus dominants. À ceci s’ajoute le fait que le groupe possède des activités très précieuses dans d’autres domaines comme le secteur éditorial latino-américain, avec Santillana ou le groupe Caracol en Colombie, dont il possède 19 % des parts, ainsi que le Grupo Latino de Radiodifusión, qui gère 300 stations de radio dans des pays comme le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Mexique, Panama et les États-Unis.
Après l’opération de Liberty, le groupe Prisa espère encaisser un bénéfice en 2010 situé entre les 152 et les 190 millions d’euros, comme l’indiquait le quotidien El País, qui fait partie du groupe. Ces chiffres supposent un triplement du résultat net de 50,5 millions obtenu au cours de l’exercice 2009. L’estimation pour 2011 situe le bénéfice dans une fourchette allant de 188 à 259 millions. Néanmoins, le chiffre d’affaires tardera un peu plus à remonter à cause (en partie) des cessions d’actifs.
